Lorsqu’il fut avéré que nous partions pour une longue aventure, il fut nécessaire de découvrir et de s'emparer d’un texte fédérateur, support de tous les imaginaires, de toutes les créations et nous l’espérons de toutes les audaces !
Il n’était pas question de monter UN spectacle et encore moins cette tragi-comédie de Fernando de Rojas, complexe, longue, extravagante, aux textes parfois sophistiqués, pour des amateurs.
La proposition est de réaliser un itinéraire vers la Célestine, en respectant les étapes, les chemins de traverses, les modes de transport … : ses thèmes, ses personnages, leurs caractères et leurs péripéties, l’influence de l’environnement, le rythme, la violence, les différents tons …
Œuvre majeure de la littérature espagnole du 16ème siècle, la Célestine est une œuvre européenne unique et inclassable. On dit même volontiers qu’après Don Quichotte, elle est celle dont le mythe est le plus connu en Espagne.
Nous sommes à l’époque du retour de l’inquisition, les juifs sont persécutés et contraints à la conversion et Fernando de Rojas est d’origine juive, les arabes et les musulmans sont chassés d’Espagne : la société harmonieuse et tolérante prend fin.
Curieusement, elle est très peu connue en France. La pièce est réputée injouable. Seul Antoine Vitez s’y est risqué en 89 avec Jeanne Moreau dans le rôle titre. Il la présenta dans la Cour d’Honneur de Palais des Papes d’Avignon et au Palais de Chaillot.
L’œuvre est de 1500, donc bien antérieure aux premières pièces de Shakespeare (fin du XVI ème). « La tragi-comédie de Calixte et Mélibée » fait figure de précurseur dans la littérature européenne. La nouvelle traduction d’Aline Schulman, qui vient d’être éditée chez Fayard, redonne la forme initiale de roman dialogué en 21 actes.
Les thèmes sont multiples et leur résonance est forte dans notre monde contemporain : la foire trompeuse de la vie, l’hypocrisie sociale, l’intolérance, l’humain comme marchandise, la passion des chimères…